Certains dîners de dégustation tournent entièrement autour des vins dans le verre. D’autres racontent une histoire qui se déploie tout au long de la soirée. Les Ténors d’Italie appartenait clairement à cette seconde catégorie : un voyage du Trentin au Piémont, en passant par le Frioul, la Toscane et la Vénétie, à travers quelques-uns des plus grands noms que le vin italien ait jamais produits.
Nous avons commencé sur une très haute note. Littéralement.
Le 2007 Ferrari Giulio Ferrari Riserva del Fondatore 2007 a immédiatement donné le ton. Mature, complexe et parfaitement à son apogée, il dévoilait des couches de brioche, de fruits secs grillés et d’agrumes confits, soutenues par une fraîcheur remarquable. Une nouvelle démonstration que Ferrari n’est pas seulement la référence italienne en méthode traditionnelle, mais un producteur capable de rivaliser avec les plus grandes maisons de Champagne. Une ouverture sublime.
Le premier duel de la soirée opposait deux Sauvignon 2020 de Miani : Zitelle et Saurint. Malheureusement, la première bouteille de Zitelle s’est révélée décevante. Fatiguée et peu expressive, elle ne reflétait pas le statut culte que Miani s’est forgé auprès des amateurs. Heureusement, une seconde bouteille a tout changé. Elle a soudain révélé la tension, la précision et la minéralité typiques d’Enzo Pontoni. Le duel est alors monté au niveau attendu, illustrant à quel point une seule bouteille peut influencer une dégustation.
Ce qui rendait la comparaison particulièrement fascinante, c’est que les deux vins proviennent du même producteur, du même millésime et du même cépage. Pourtant, leurs personnalités sont très différentes. Le 2020 Zitelle privilégie la précision et la fraîcheur, tandis que le 2020 Saurint offre davantage d’amplitude, de texture et de puissance. Une belle leçon : le terroir parle souvent plus fort que le cépage.
Avec le plat de ris de veau sont arrivés deux monuments toscans : Tignanello 2010 et Sassicaia 2013. C’est ici que les premiers vrais débats ont émergé. Certains ont été séduits par la fraîcheur, l’énergie et la précision gastronomique du Tignanello. D’autres ont préféré l’élégance aristocratique et l’harmonie du Sassicaia. Aucun vainqueur clair ne s’est imposé, et c’est probablement la meilleure conclusion possible : deux icônes, deux visions de la grandeur.
La star incontestée de la soirée est arrivée avec le plat principal.
Le 2000 Giuseppe Rinaldi Barolo Brunate Le Coste 2000 était tout simplement magnifique. Tout était en place : le millésime, le style traditionnel de Rinaldi et plus de vingt ans d’évolution en bouteille. Roses, goudron, truffe, herbes séchées et une élégance presque immatérielle en faisaient le vin de la soirée. Un Barolo qui ne cherche plus à impressionner par la puissance, mais par l’émotion.
À ses côtés, le 2015 Giuseppe Rinaldi Barolo Brunate 2015 offrait un aperçu de son immense potentiel. Plus profond, plus structuré et clairement encore jeune, il est en pleine phase de développement. Tout indique qu’il deviendra un vin exceptionnel dans les dix à vingt prochaines années. Ensemble, ces deux Barolo offraient une leçon fascinante sur l’évolution du Nebbiolo.
Pour le fromage, une véritable rareté est apparue : un Recioto della Valpolicella 1978 de Giuseppe Quintarelli Recioto della Valpolicella 1978. Ce n’était pas le vin préféré de tout le monde, mais ce n’était peut-être pas son objectif. Un Recioto ancien demande attention et ouverture d’esprit. Les avis étaient partagés, mais tout le monde s’accordait sur l’accord mets-vins : avec un vieux Comté, la combinaison était exceptionnelle, jouant sur le sel, l’umami, la douceur et la complexité.
Au-delà des vins, le Restaurant Marcel mérite une reconnaissance particulière. Un dîner de dégustation de ce niveau dépend autant de l’exécution que des bouteilles servies, et ici, cuisine et service ont été irréprochables. Les plats étaient pensés pour accompagner les vins sans jamais les dominer, tandis que le service était précis, discret et parfaitement rythmé. Une maîtrise qui passe souvent inaperçue lorsque tout fonctionne, mais qui est essentielle au succès d’une telle soirée.
Et comme toute grande opéra mérite un rappel, la soirée s’est terminée par un classique hors du répertoire italien.
Le 2012 Philipponnat Clos des Goisses 2012.
Un Champagne qui n’a plus besoin de présentation. Issu de la mythique pente de Mareuil-sur-Aÿ, Clos des Goisses combine puissance, concentration et précision comme peu d’autres. Le 2012 montre déjà une grande profondeur, tout en conservant une énergie juvénile qui promet encore de belles années. Après une soirée entièrement dédiée à la grandeur italienne, c’était une finale parfaite : pas italienne, mais universelle.
Les Ténors d’Italie a offert tout ce qu’un grand tasting doit contenir : des bouteilles exceptionnelles, des surprises, des débats animés, de l’émotion dans le verre et un vin qui s’est clairement imposé au-dessus des autres. Pour beaucoup, le souvenir de ce 2000 Barolo Rinaldi restera longtemps. Et peut-être est-ce là la vraie mesure d’une grande soirée : quand les conversations continuent bien après que la dernière bouteille a été vidée.
